« Une langue disparaît toutes les deux semaines » (1). Voici la formule choc annoncée par le linguiste Claude Hagège afin de souligner l’urgence. Selon l’UNESCO, près de la moitié des langues actuelles devrait disparaître d’ici la fin du XXIe siècle. En effet, de nos jours, moins de 10 langues sont parlées par 40% de la population mondiale. Cet article s’intéresse aux idiomes en danger ainsi qu’aux causes de leur disparition.

 

 

Tour d’horizon des langues en voie de disparition

Les langues sont en train de disparaître à un rythme qui s’accélère d’année en année. Ce phénomène préoccupant s’observe sur l’ensemble des continents, selon des proportions plus ou moins alarmantes. L’UNESCO considère qu’environ 3 000 langues sont en danger dans le monde avec différents niveaux de vitalité (2), variant de la manière indiquée par le tableau ci-dessous.

 

L’édition interactive en ligne de l’Atlas UNESCO des langues en danger dans le monde présente les données suivantes.

 

On constate que l’Asie est la région comprenant le plus de langues en danger, avec un total de 1113 idiomes. Parmi les pays concernés, l’Inde est la nation la plus touchée avec 197 langues en voie de disparition suivie par la Chine (144 langues en danger), l’Indonésie (143), et la Russie (131). En Amérique, près de 90% des idiomes sont en train de disparaître. Notons que toutes sont des langues autochtones (parlées par les populations amérindiennes). Les pays les plus touchés par ces disparitions sont les États-Unis (191 langues en danger dont 54 déjà éteintes), le Brésil (190), le Mexique (143) et le Canada (87).

Côté pacifique, l’Australie et la Papouasie-Nouvelle Guinée (pays le plus multilingue au monde) sont massivement touchés, avec respectivement 108 et 98 langues en voie de disparition.  Notons enfin que l’Afrique et l’Europe ne sont pas épargnés par ce phénomène de déclin des langues, avec, pour l’Europe, une proportion qui demeure tout de même moins importante que pour les autres continents.

 

Phénomènes à l’origine de ces disparitions 

L’une des premières raisons pour lesquelles la moitié des langues parlées risque de disparaître réside dans le fait…qu’elles soient justement parlées ! En effet, les idiomes en danger sont majoritairement des langues de tradition orale, rendant difficile la collecte de données pour les linguistes, qui ne perdent pourtant pas espoir.

Bien entendu, l’un des facteurs majeurs de ces disparitions est la nécessité de simplifier les échanges commerciaux et politiques. Ainsi au cours de l’histoire, certaines langues ont été privilégiées (l’anglais, le mandarin, l’hindi, l’espagnol ou encore le français) afin de servir de vecteurs de communication entre différents peuples. En outre dans une optique délibérée (la colonisation d’un espace) ou inconsciente (la domination culturelle), le cloisonnement linguistique entre deux peuples a peu à peu laissé place à une disparition d’une langue au profit de l’autre. C’est le cas par exemple de la majorité des États d’Amérique et d’Afrique (principalement anglophones, hispanophones et francophones).

Autre aspect non négligeable, les flux de population suite à l’urbanisation et l’industrialisation de l’espace. En effet, les phénomènes d’immigration, impliquent que de nombreuses familles ont progressivement délaissé leur langue d’origine, dans une optique d’intégration au sein d’une société nouvelle. Il suffit alors d’une génération pour perdre l’héritage d’une langue maternelle.

Face à ce constat, depuis 2003, l’ONU reconnait la diversité linguistique comme « patrimoine culturel immatériel de l’humanité » (3). L’Europe a également adopté des mesures de protection depuis 1992, en élaborant une Charte européenne des les langues régionales ou minoritaires (4). Ainsi, face à ce déclin progressif, un certain nombre d’actions (dont la publication de l’Atlas participatif par l’UNESCO ou encore l’incitation à l’apprentissage de langues minoritaires) sont menées afin de susciter une prise de conscience des autorités, des communautés de locuteurs, mais également de l’opinion publique, afin de revitaliser certains idiomes, et ainsi de maintenir la diversité linguistique mondiale.

 

Sources :

(1) Claude Hagège, Halte à la mort des langues, Éditions Odile Jacob, septembre 2002.

(2) Oseley, Christopher (ed.). 2010. Atlas des langues en danger dans le monde, 3e edition. Paris, Éditions UNESCO.

(3) URL : https://ich.unesco.org/fr/qu-est-ce-que-le-patrimoine-culturel-immateriel-00003

(4) URL : https://rm.coe.int/168007c07e

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