Saviez-vous que parmi les 7 000 langues qui existent, seuls 2,5% d’entre elles sont parlées par près de 90% de la population mondiale (soit plus de 7 milliards d’habitants) ?

Au sein de cette nébuleuse d’idiomes, l’anglais et le français rassemblent près de 1,5 milliard de locuteurs, suivis par le mandarin et l’hindi.[1] Pourtant, lorsqu’il est question d’échanges internationaux et de diplomatie, c’est la langue de Shakespeare qui s’est peu à peu érigée au rang de langue de référence.

Un moyen de fédérer les États

Si l’on se réfère à la population par pays, le mandarin et l’hindi sont largement en tête ; mais il est intéressant de constater qu’en termes de nombre de pays, l’anglais, le français, l’arabe, l’espagnol et le portugais sont les langues les plus répandues !

Au cours de l’Histoire, certains idiomes se sont en effet positionnés comme catalyseurs, en favorisant la coopération entre les États sur fond de relations historiques. En effet, aux XIXe et XXe siècles, la colonisation des continents américain, africain et asiatique a joué un rôle essentiel sur l’expansion mondiale des langues occidentales.

Ce passé historique a finalement favorisé l’élaboration d’institutions internationales, fédérant des États pourtant géographiquement et culturellement éloignés. Ainsi, autour d’un enjeu linguistique fédérateur, ces politiques de coopération sous-tendent une étroite collaboration entre les États membres, sur d’autres plans stratégiques (économique, social et miliaire, par exemple).

Un moyen d’affirmation identitaire

La langue peut être perçue comme un enjeu de pouvoir, et devenir ainsi l’objet de conflit. C’est d’autant plus le cas dans certaines régions où il existe un mouvement nationaliste, comme en Catalogne, par exemple.

Ainsi, préférer l’idiome local à la langue nationale n’est pas toujours un choix anodin et peut s’appuyer sur une véritable conviction politique. En imposant leur langue, les nationalistes s’assurent donc une certaine reconquête de leur territoire.

Notons d’ailleurs qu’en 1992, avec la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, le Conseil de l’Europe a encouragé « la protection des langues régionales et minoritaires historiques de l’Europe dont certaines risquent, au fil du temps, de disparaître, pour contribuer à maintenir et à développer les traditions et la richesse culturelles de l’Europe »[2].

Ainsi, à travers la promotion de son idiome, une puissance linguistique est capable d’assurer une influence à l’échelle internationale, s’assurant ainsi d’une certaine hégémonie. À l’inverse, une langue peut également être un vecteur de différenciation et d’affirmation culturelle, à l’image du catalan se différenciant de l’espagnol.

Il semble donc que dans un sens ou dans l’autre, la question linguistique peut se transformer en véritable instrument géopolitique !

[1] Source : Ethnologue, 22e édition 2018.

[2] URL : https://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/treaty/148

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